« Connaitre, ce n’est point démontrer, ni expliquer, c’est accéder à la vision »

Antoine de Saint-Exupéry

samedi 2 décembre 2017

BONHEUR ET HUMILITE

Le bonheur, c’est aussi savoir faire preuve d’humilité et accueillir la différence.

«" Soyez vous même, les autres sont déjà pris" Oscar Wilde

A force de chercher à toujours prouver au monde notre valeur, nous prenons le risque de nous perdre nous-même et de ne plus savoir qui nous sommes.
Pourquoi s’enorgueillir de nos capacités spécifiques ?
Pourquoi s’enorgueillir de ce qui repose sur des dons naturels ?
Pourquoi désespérer dans l’espérance de dons et talents qui ne sont pas les nôtres ?

Quelques soient nos croyances, force est de constater que nous sommes pour bien peu de chose dans ce que nous sommes. Notre vie, notre être, nous l’avons reçu. Nous n’avons pas été consulté pour ce « projet ». Et tous nous avons des dons.
L’expression « réussir sa vie » est incorrecte par le fait que ne pas réussir sa vie est impossible. Nous ne sommes pas les maitres de cette vie. Par contre « réussir son projet de vie » est une belle ambition. Puisque que j’ai reçu cette vie comme un don, puisque je suis équipé d’un être imparfait mais doué, que vais-je bien pouvoir en faire pour moi et pour les autres ?

« Ce que tu n’apporteras pas à ce monde, ce monde ne l’aura jamais »

Nous pouvons légitimement être fier de ce que nous accomplissons. Cette fierté est liée à la reconnaissance des efforts qui permettent ces accomplissements. Mais nous n’avons pas à nous enorgueillir de ce que nous avons reçu comme dons. Au contraire, nous devons recevoir cet héritage avec humilité pour en prendre soin et accomplir des œuvres à la hauteur de nos capacités.
Puisque le bonheur repose sur l’effort qui a été nécessaire pour accomplir l’œuvre et en donne une valeur subjective spécifique, s’enorgueillir d’une œuvre que nous avons réalisé avec facilité atténue le sentiment de bonheur

Finalement, ce n’est pas parce que notre environnement méprise nos dons et nos talents qu’ils n’ont pas de valeurs. Ce n’est pas parce que ce monde Post Moderne ne valorise que ce qui est monétisable que le reste n’a pas de valeur.
Une vision consumériste qui donne à croire que le bonheur est le résultat d’une réussite se mesurant à l’aune de son pouvoir d’achat amène des dérives dangereuses pour l’humanité. Aussi dangereuse que toute les idéologies raciales. En effet, les personnes qui se trouvent dans l’incapacité de jouir de biens de consommation sont supposées ne pas pouvoir être heureuses voir d’empêcher les autres de l’être. Les personnes qui sont dans l’incapacité de produire des œuvres de consommation sont supposées inutiles donc sans valeurs. Le mieux n'est il pas alors de les aider à constater leur malheur, puis de les supprimer?? 

Le simple fait de de permettre aux autres de faire quelque chose de valeureux est déjà une valeur en soi.


A la semaine prochaine…

mercredi 29 novembre 2017

LE BESOIN DE RECONNAISSANCE

Le sentiment de bonheur repose sur une double 
satisfaction : La satisfaction liée à la fierté de l’œuvre 
accomplie et la satisfaction de la reconnaissance de l’œuvre accomplie par les autres. Une « identification » intrinsèque, qui vient de mes aspirations profondes, et une reconnaissance extrinsèque qui manifeste la valeur de l’œuvre.  

C’est ce qui est à l’origine de notre besoin fondamental de reconnaissance. Nous avons tous besoin de reconnaissance comme d’un carburant indispensable pour franchir une étape supplémentaire.

Le sentiment de bonheur peut cependant reposer simplement sur la reconnaissance de notre spécificité, de notre unicité, de notre dignité. C’est ce qui arrive au nourrisson lorsque sa mère lui sourit et lui témoigne de son amour. Le Bébé n’a comme seul moyen de s’accomplir comme être humain, que ce que sa nature propre de Bébé lui permet. Etre aimé pour ce qu’il est plus que pour ce qu’il fait. 
C’est sans doute ce qui fait d’ailleurs le fondement même de notre aspiration au bonheur. Aimer et être aimé pour ce que nous sommes vraiment. Toutes les œuvres que nous accomplissons n’ont pour simple finalité que de nous montrer au monde tel que nous sommes pour que le monde nous reconnaisse. Mais pour être vraiment heureux, il est nécessaire de s’accepter tel que nous sommes et non pas de chercher à nous sublimer, d’accepter l’inachèvement des œuvres que nous accomplissons et non pas de courir après la perfection, d’accepter que d’autres sont plus efficaces et reconnus et ne pas travestir notre réalité.


Le manager, la personne en position d’autorité a, dans cette réalité, un rôle particulièrement important à jouer qui tient d’une posture bienveillante. Ce rôle c’est de reconnaitre ce qui a été accompli avec justesse, en tenant compte de qui l’a réalisé. Accueillir le collaborateur dans sa réalité et juger le résultat en fonction de son potentiel. A force de ne tenir compte que de la qualité du résultat, nous observons dans nos entreprises le développement du mythe de la perfection qui n’a comme conséquence que de provoquer un désengagement profond des collaborateurs. Pourquoi faire des efforts, pourquoi se fatiguer au travail pour un résultat qui sera inévitablement jugé comme insuffisant ? 

La perfection n’existe pas et c’est tant mieux !

A la semaine prochaine !

dimanche 26 novembre 2017

Le Bonheur au travail (suite)

LE BONHEUR A UN COUT

Finalement, après un rapide voyage à travers les illusions du bonheur, la question reste entière. Le bonheur est-il possible ? N’est-ce pas définitivement un mythe ? Sommes-nous personnellement éligibles au bonheur ?

Pour répondre à cette question, voici la définition du bonheur que je vous propose :

« Le Bonheur c’est l’accomplissement de soi à travers l’accomplissement d’une œuvre exigeante, collective, utile et sans cesse perfectible »

Accomplissement de soi, parce que, être soi, c’est un mouvement perpétuel, un devenir permanent et que le besoin de développement est une force vive contre laquelle il est vain de lutter.
On n’est, en effet, jamais, à chaque instant, « ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre… ». Je suis la même personne que lorsque j’étais enfant, mais je ne suis plus la même. Si à 6 ans on m’appelait par mon prénom et mon nom, je répondais présent. Aujourd’hui pareillement. Mais je n’ai plus les mêmes caractéristiques physiques, intellectuelles et spirituelles de l’enfant de 6 ans que j’étais. Le destin humain c’est donc de croitre et de se développer puis de se développer. Croitre et se développer jusqu’à l’âge de 20-22 ans et se développer jusqu’à la fin de sa vie.
Devenir soi, c’est découvrir chaque jour de nouvelles caractéristiques spécifiques de sa personnalité, observer les évolutions permanentes de sa personne, les dons uniques de son être profond et agir pour développer des talents et accomplir une œuvre dans laquelle on peut se reconnaitre, dans laquelle il est possible de retrouver un « bout de soi-même ». On ne peut pas se dépasser comme l’expression « dépassement de soi » le laisserai croire, mais, en relevant des « défis », on peut s’accomplir, découvrir de nouvelles ressources en soi et se développer.

Vivre heureux, ce pourrait être : « se découvrir chaque jour un peu plus ». Et se découvrir c’est retirer ce qui nous couvre, ce qui nous cache à nous-même et aux autres. Se découvrir, c’est prendre le risque de se voir différent que le fantasme de nous-même. Se voir tel que nous sommes réellement infinis mais limités.

Accomplissement d’une œuvre, parce que le sentiment de bonheur est toujours le résultat de la mise en œuvre d’un projet. Plus le projet a été difficile, plus les embuches ont été importantes pour accomplir la tâche et bénéficier d’un résultat, plus le sentiment de bonheur est intense. Atteindre le sommet du Mont Blanc, c’est un projet qui demande des efforts. Atteindre le sommet du Mont Blanc en hélicoptère, c’est plus facile et moins engageant que de l’atteindre à pied. Atteindre le sommet du Mont Blanc en hélicoptère ne provoque pas la même joie ni la même fierté que de l’atteindre à pied, même si, quand je suis au pied du Mont Blanc, mon penchant naturel pourrait m’incliner vers la facilité (Bien être, moins de contraintes, plus de sécurité…) et choisir l’hélicoptère. Le bonheur a un coût.

Œuvre utile, parce que l’utilité donne du sens à l’engagement et à l’accomplissement. Pour pouvoir être fier de ce que j’accompli, il est nécessaire que le résultat soit : Bien, Beau ou Bon. L’utilité permet aussi l’effort nécessaire à l’accomplissement.
L’utilité peut parfois se résumer à la simple nécessité de s’accomplir. Il n’y a pas toujours de valeur objective dans ce que j’accompli mais il y a toujours nécessité d’une valeur subjective qui donne son sens à l’œuvre. Et l’accomplissement de soi peut être une valeur subjective en soi. Gravir le Mont Blanc n’a pas d’utilité objective. Il faut redescendre et on ne construit rien de réel. Ça ne laisse pas de traces. Mais la difficulté de l’épreuve et la fierté que l’on en retire donne du sens à l’action ce qui en fait une œuvre potentiellement utile. C’est dans l’imaginaire individuel et collectif que se construit alors l’utilité de l’œuvre.

Accomplissement d’une œuvre collective parce qu’il n’existe pas dans ce monde d’œuvre que ne soit pas le résultat d’un travail collectif. Si vous faites l’ascension du Mont Blanc en solo, le matériel que vous emportez et qui est nécessaire à votre ascension est le résultat du travail de conception et de réalisation de toute une équipe.

Sans cesse perfectible parce que l’Homme détient dans sa nature profonde le besoin et la capacité de repousser toujours les limites de ses connaissances et de son efficience.  
Il n’existe pas d’œuvre parfaite, il n’existe que des œuvres abouties. Il est indispensable de prendre en compte cette réalité pour pouvoir « gouter son bonheur ». Espérer la perfection c’est la garantie de vivre d’intenses frustrations. Confucius disait : « le Bonheur c’est le chemin ». Ce qui rend heureux ce n’est pas de constater l’écart qu’il y a entre mon rêve et ce que j’ai réalisé, mais la beauté de ce que j’ai réalisé et le chemin de perfection qu’il reste à parcourir pour parfaire cette œuvre.

Ce qui rend l’Homme heureux, c’est donc d’accomplir une œuvre « essentielle ».
L’essence de la personne humaine, c’est ce qui constitue la nature profonde de l’être. Une œuvre essentielle, c’est une œuvre qui entre en lien avec cette nature profonde, qui réponde aux aspirations profondes de la personne.
Pour être heureux, il faut œuvrer à changer le monde. A changer son monde.


A la semaine prochaine !!!